Temps d’écoute : 53’17 minutes
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– Salut les Ponots !, le podcast itinérant et léger qui donne la parole aux personnes qui habitent ou gravitent autour du Puy. Aujourd’hui, je suis au jardin Henri Vinay, oh, quelle surprise. La surprise, c’est qu’il fait beau et que je suis avec Agathe. Bonjour, Agathe, comment vas tu ?
– Très bien, bonjour, ça va bien ouais, il fait beau, même trop chaud pour… Je m’attendais pas à ça.
– Oui, on a mis le pull, on est arrivées en pull et puis là il fait trop chaud, on a qu’une envie c’est d’aller se baigner dans le lac avec les cygnes.
– C’est ça.
– Tu viens de loin Agathe.
– J’habite à Saint-André de Chalencon, donc à peu près quarante cinq minutes du Puy.
– Ouais c’est ça, t’es pas venu à pied ?
– Non, mais j’aurais pu. Non, en voiture.
– Ne lance pas des défis comme ça.
– c’est ça.
– Je vais te prendre au mot et puis…
– Totalement dans mes cordes ce genre de défi.
– Quoi que, tu pourrais venir en vélo.
– Je pourrai venir en vélo. Ce week-end, je suis allée à Rosières de chez moi en vélo. Donc, je me suis dit, une fois que t’es à Rosière, t’es pas très loin du Puy, j’aurais pu venir en vélo.
– Ouais, c’est tout droit, tu prends la vallée de la Loire et voilà, t’es là.
– C’est ça. La prochaine fois.
– Ok si tu veux, la prochaine fois on fait moitié-moitié comme ça on se retrouve vers, vers la sortie du Puy, pour moi.
– Ouais ok ça marche.
– Est-ce que tu peux te présenter aux auditeurs de ce podcast, s’il te plait ?
– Et ben je m’appelle Agathe Waechter. Je suis photographe indépendante. J’ai trente sept ans. Je vis en Haute-Loire depuis trois ans et demi, bientôt quatre ans. J’ai construit moi-même ma maison tout en bois pendant dix huit mois, avec l’aide de mon petit frère, à Saint-André de Chalencon, et voilà à peu près.
– C’est une maison en A, c’est ça ?
– Une maison en A ouais. C’est une maison qui a pas de murs et qui a directement enfin, si, il y a des murs, mais le toit, ça fait comme un tipi, enfin comme une tente canadienne, quoi la forme.
– Et tes voisins ils l’ont accueilli comment ta maison en A ?
– Ben j’ai les meilleurs voisins du monde. Ils vont croire, à chaque fois je dis ça ils vont se dire elle fait ça pour nous avoir dans la poche. Mais pas du tout, j’ai… On n’est pas beaucoup dans le hameau, mais il y a une famille de paysans qui sont adorables et qui me rendent des services tout le temps et… Enfin vraiment y’a aucun souci.
– C’est pas Bernard ?
– Si c’est Bernard évidemment. Bernard et ses frères.
– Bonjour Bernard et ses frères.
– Oh ben Bernard n’écoutera pas ce podcast, je pense, mais si Bernard l’écoute. Tu vois, Bernard, on peut écouter des podcasts.
– Ça passe sur FM43 Bernard. Ca passe là-bas, par là-bas. Oh quoi que je sais pas, sisi ça doit passer FM43.
– Oui.
– Oui, tout à fait. Est- ce que tu as une anecdote Agathe ?
– C’est dur parce que…
– C’est dur.
– Alors déjà, j’ai une passion pour les anecdotes. J’écris beaucoup, je pense que t’as vu… J’ai un compte Instagram dédié au chantier de ma maison où, ma maison est terminée, mais je continue à raconter ma vie avec des anecdotes. Voilà, j’ai… Je trouve ça fascinant, c’est un peu… En fait, si on se dit que toute la vie est faite d’anecdotes, on voit un peu la vie d’un côté un peu plus joyeux. Et c’est dur de faire un choix d’anecdotes, je sais pas…
– Là, j’étais en train de penser à ton dernier chat et tu l’as appelé alors… C’est quoi déjà ?
– Oui, ben oui par exemple, dans la vie, je prends un peu des décisions sur des coups de tête, un peu souvent, très souvent. Et là, j’ai pris en chat, un deuxième chat sans trop réfléchir, en me disant mon premier chat, Syrah, du nom du cépage…
– Ah oui, alors je me suis dit déjà, elle boit. C’est bon signe.
– Non, je bois pas beaucoup, mais en tout cas, un été, j’ai bu beaucoup de Syrah. Je me suis dit ce cépage est vraiment exceptionnel. Si j’ai un animal, si c’est une femelle, je l’appellerai Syrah, si j’ai un mâle, je l’appellerai Merlot. Voilà. Et donc Syrah étant très, ayant une dépendance affective assez importante, je pars beaucoup pour le boulot, quand je reviens, elle m’attaque, mais vraiment elle m’attaque, j’en ai peur quoi Elle s’accroche à moi, elle me griffe. J’ai des cicatrices de partout sur les bras. Les véto m’avait dit prendre un deuxième chat, ça serait bien. Ça lui permettrait de comprendre qu’il faut vous partager avec quelqu’un, etc. Je me dis si un jour j’ai un enfant et que je ramène l’enfant, elle va tuer l’enfant. Donc, il faut que je trouve une solution. Je tombe sur ce petit chat dans une ferme, et… Trop mignon. Avec une copine que j’adore, qui me fait trop rire, qui dit allez, on les prend, qui les a mis dans la carriole avec ses filles de vélo, on était à vélo, on a emmené les chats, enfin bref, tout un truc. Donc, j’ai récupéré ce chat que j’ai pas su nommer dans un premier temps, je voulais un nom de cépage, puis rien me plaisait. Je me suis quand même, j’vais finir par avoir une réputation alors que je bois même pas beaucoup et j’étais avec une amie à moi qui est chef nomade. On regardait un livre de cuisine et on est tombé sur ponzu, une sauce japonaise que j’adore. Mais Ponzu, ça lui va trop bien. Et puis, deuxième prénom, Puduc, parce qu’il ne sais pas faire sa toilette. Et alors il va plus ou moins dans sa litière, mais surtout il marche dans ses crottes. Il a tout le temps les pattes sales donc, je lui fais prendre des douches. Voilà.
– Ça va. Il a pas peur des douches ?
– Ben non, c’est une crème. Tu peux tout faire avec ce chaton ouais.
– Il peut te suivre partout, ça, c’est cool.
– Ah ben alors, cette stratégie ne plus avoir de pots de colle, complètement foiré, j’ai deux pots de colle maintenant.
– Il va falloir un troisième chat .
– Non. Par pitié non.
– Merci beaucoup, je vais te demander de faire le premier jingle.
Musique jingle
– Voilà.
– C’est mon moment préféré quand ils me font le petit jingle. Garde le vers toi, tu en auras besoin tout à l’heure. Le confessionnal, des petites questions.
– Ok.
– Noir ou blanc ?
– Noir pourtant, je suis très optimiste dans la vie. Mais le noir, c’est élégant.
– La Manche ou la Méditerranée ?
– La Méditerranée. J’ai grandi une partie de mon enfance sur la Côte d’Azur, donc Méditerranée.
– Où ça en Côte d’Azur ?
– À Biot.
– À Biot la poterie là, tout ça ?
– Exactement, à Biot ouais.
– Portrait ou paysage ?
– Ah, alors portrait, parce que… Ah c’est dur pour une photographe cette question. Je shoote beaucoup en portrait. J’élargis de plus en plus au paysage et en même temps j’adore les paysages, c’est ce qui me m’enthousiasme au quotidien. Mais les portraits, les humains, c’est dur. Je peux dire portrait paysage ?
– Oui tu peux.
– Portrait paysage alors.
– Jardiner ou passer le balai ?
– Toi t’as lu Pas Carré Pas Rond compte Instagram. Euh, je dirais passer le balai, parce que, en fait, je me suis acheté une shampouiner, c’est un truc que tu peux faire que quand t’as trente sept ans, sinon avant, ça craint, enfin, je me dis ça pour me, pour me…
– Pour te rassurer.
– Me rassurer. Et en fait, la satisfaction de voir l’eau sale qui s’écoule de ce que t’as lavé, c’est hyper satisfaisant, et le balai, ça produit un peu cet effet. Tu ramasses, tu te rendais pas compte que c’était aussi crade chez toi. Et après dans ta pelle tu vois le sale. J’aime bien enlever le sale, alors que jardiner, c’est un puits sans fond quoi. Ça s’arrête jamais. Tu dois toujours recommencer. Mais j’adore être dehors aussi, j’adore mon jardin, mais j’aime bien que tout se fasse tout seul.
– La Corée ou la Jordanie ?
– Alors, j’ai eu un gros coup de cœur pour la Jordanie, vraiment, pour les paysages, la culture, les… tout. C’était fou, la lumière qui était dingue, la nourriture. Après la Corée, c’était très chouette. En fait, je fais des ados avec… Des ados, je ne fais pas d’ados.
– Des colos.
– Des colos avec des ados à l’étranger depuis plus de dix ans avec un organisme qui s’appelle sans frontières, qui sont des voyages itinérants à l’étranger avec des ados, donc sac à dos sur le dos, et pour leur apprendre à voyager. C’est génial. Et la Corée, c’était avec des ados. La Jordanie, c’était avec des gens un peu plus grand, des dix-huit, vingt-cinq, même trente. C’était deux ambiances différentes. Donc la Corée, j’avais adoré pour ben, les ados. La Jordanie… Ahhh c’est dur. Mais ouais, coup de cœur pour la Jordanie. Vraiment, ce voyage… Moi j’étais très attirée par… En deux mille vingt, je devais faire un voyage en Palestine et Israël toute seule, en avril deux mille vingt, donc covid, confinement, blablabla, donc qui a été annulé, mais c’est vraiment un lieu qui m’intéresse tellement d’un point de vue historique, culturel, gastronomique. Hé hé ouais. En terme de culture, c’est impressionnant les différentes influences qui se mélangent, qui se retrouvent à cet endroit, et la Jordanie, ça se rapproche un petit peu de ça quoi.
– Qu’est ce que tu préférerais ? Vivre sur une île qu’on ne peut rejoindre qu’à marée basse ou sur une montagne si haute qu’on ne peut la rejoindre que par le ciel ?
– Ça dépend si on doit prendre l’avion ou pas.
– Pas l’avion. Un truc soft.
– Un truc soft. Euh, non, la montagne, clairement. Moi l’eau, c’est pas trop… Enfin, une île, j’aimerais bien pour un petit moment, mais j’ai un peu ce truc de me dire si j’ai un problème, je suis foutue, alors que la montagne, on peut toujours la descendre d’une manière ou d’une autre quoi. Nager, c’est pas, je suis pas très forte.
– Alors là, ça va peut-être faire appel à des souvenirs hein, dans ton ancienne vie, qu’est-ce que tu faisais, dis nous tout ?
– J’étais maîtresse de CE1.
– Bon en CE1 alors, ils ne l’auront peut-être pas lu, je ne sais pas quel âge on lit ces livres mais Malataverne de Bernard Clavel ou la vie devant soi d’Émile Ajar ?
– Ah ben la vie devant soi, j’adore Malataverne, enfin j’adore Bernard Clavel, mais la vie devant soi, Romain Gary Émile Ajar, donc déjà le mec est un génie. Il a eu deux prix Goncourt en changeant son…
– Ah oui.
– Enfin, je trouve ça complètement dingue quoi.
– Il les a bernés.
– Ouais, et ben, j’en parlais hier que ses romans ouais, la vie devant soi, la promesse de l’aube, ou les deux prix Goncourt, mais même tous ses livres, toute la langue, la narration, enfin tout, c’est magnifique, vraiment magnifique.
– Depardon ou Sebastião Salgado ?
– Définitivement Depardon, même si alors, je suis désolée pour la Chaise-Dieu, mais j’étais très déçue de l’exposition.
– Je l’ai pas encore vu. Me dis pas, chut,
– je dis rien, mais j’étais… Mais alors, je comprends l’accrochage grand public et montrer toute…
– C’est la scénographie que t’as pas aimé, ou c’est le choix des photos ?
– Pour moi, il y avait pas de cohérence et j’aurais préféré découvrir un angle, mais peut-être parce que je parle de mon point de vue de photographe. Mais, par exemple, il a beaucoup travaillé sur la Haute-Loire et je me dis: mais pourquoi est-ce qu’on a pas eu que des photos de la Haute-Loire, ou un angle très précis, et là, ça partait un peu dans tous les sens. Mais Depardon son rapport au réel est fantastique.
– Son regard est fantastique. C’est vrai, c’est quelqu’un qui est très touchant dans ses… Comment il cadre, voilà, sa prise de vue. Je la trouve exceptionnelle aussi. Je suis d’accord. S’endormir avec le son du pipite farlouse qui turlute, ou de la huppe qui pupute ?
– Houlala, ça devient trop technique en oiseaux. Ce sont des oiseaux c’est ça ?
– Oui, oui la pipite farlouse alors, qui turlute, elle, elle se trouve plutôt dans les espaces découverts tu vois, peut-être en Aubrac, je la vois bien en Aubrac. Et après la huppe, ben elle peut se retrouver devant ta porte je pense.
– Les deux, moi j’adore les oiseaux en général, je passe… Mon frère m’a offert une jumelle, je dis bien une jumelle, parce qu’il y a qu’un côté, parce que j’y arrive pas avec les deux, ça me donne le tournis. Et vu qu’en photo, j’ai tout le temps l’habitude d’avoir, je sais que cligner d’un œil en plus, je sais pas faire de l’autre.
– Fais voir ? Ah ouais, c’est pas terrible. T’es meilleure en photo.
– Du coup, c’est vraiment mon geste de fermer un œil, fermer l’œil gauche, regarder par l’œil droit. Et j’ai passé des heures, mais c’est vraiment le meilleur cadeau. J’ai passé des heures cet hiver à regarder les oiseaux dans mon jardin.
– Si tu était publiée dans un magazine, peut-être que tu l’as été dans un de ces magazines, ce serait les Others, Polka ou Epic ?
– Et ben écoute, j’ai déjà été publiée dans la revue Epic.
– Ahhh, j’en n’étais pas tout à fait sûr, moi tu sais que j’ai acheté le premier premier, le premier numéro, ils avaient arrêté après, pendant un moment, ils ont repris Epic ch’ai plus…
– Mais c’était une seule photo il y a longtemps vraiment, je sais pas, c’était le numéro quatre. Polka, très chouette, et les Others, j’ai des photos dans recto verso, leur coffret recto-verso.
– C’est pas vrai, lequel, celui de…
– Le vélo.
– Vélo ? De la France là, le premier ?
– Ouais, deux trois photos qu’ils m’ont acheté pour mettre dans ce coffret. Et oui, revue Epic, ils ont fait un peu un appel à financement, enfin s’abonner tout ça, et j’encourage vraiment parce que c’est de la presse indépendante, c’est un magazine très, très, très qualitatif aussi bien… Enfin tout le choix éditorial et… Tous ceux qui ne connaissent pas et qui aiment les belles images, je vous conseille de soit vous abonner, soit acheter un exemplaire de temps en temps, ça vaut vraiment le coup.
– Je suis d’accord avec toi, Epic, n’hésitez pas, si vous connaissez pas, jetez un œil, c’est trop beau. Tu dis plutôt belle journée ou bonne journée ?
– Bonne journée, on dit pas belle journée.
– Merci, Agathe, je t’aime. Agathe viens là que je t’embrasse. Merci, alala. Pourquoi Agathe ?
– Ch’ai pas, il y a des trucs comme ça, comme j’en reveux. Non, ça se dit pas, j’en veux à nouveau, voilà, j’ai des petits tocs.
– De qui tu aimerais tirer le portrait ?
– Je crois pas, je suis pas attirée par tirer le portrait d’une célébrité en priorité.
– Ah non, c’est pas forcément une célébrité.
– Oui, oui, non. Mais du coup, je réfléchis à haute voix en disant ça et je pense que, peu importe du moment… Je trouve qu’il y a de la beauté partout, même là où on l’imagine pas. Un portrait inattendu de quelque chose qui me surprend, quelqu’un qui me surprend par son histoire, par son regard, par… Voilà !
– Est-ce que tu as un projet fou ?
– Toujours, enfin, toujours des projets fous.
– Oui, Agathe c’est une idée à la seconde je crois bien.
– Oui c’est ça, c’est ça. Ouais, j’ai des projets fous, ch’ai pas lequel… Il y en a des plus secrets que d’autres.
– On les découvrira bientôt écoute. On te suivra, et puis, et puis, voilà. Bon je te remercie. On va parler de la Haute-Loire. On va parler un petit peu des autres avant de revenir sur toi et sur ton travail. Maintenant, ça fait combien, quatre ans, que tu es dans le coin ?
– Presque. En décembre, ça fera quatre ans. Mais j’ai acheté mon terrain il y a quatre ans déjà.
– D’accord. Alors est-ce qu’il y’a un commerçant que tu fréquentes plus qu’un autre que… Un petit coup de cœur, que tu as envie de mettre en avant ?
– Pas un petit coup de cœur.
– Un gros !
– Un gros coup de cœur, et qui est une des raisons, j’arrête pas de lui dire, une des raisons pour lesquelles je me suis installée en Haute-Loire. Ou en tout cas, je me suis dit, si je vais en Haute-Loire, au moins y’aura la librairie dans la forêt, à la Chaise-Dieu. Je te raconte l’histoire. J’avais découvert parce que ma mère gère le camping la Rochelambert à Saint Paulien depuis huit ans. J’avais découvert avec elle cette librairie que j’avais trouvé géniale. Puis, l’été suivant, j’étais avec mes cousines, que j’adore, et on faisait un voyage un peu en France, à travers nos différents points de chute, et on avait été dans une super librairie à Lagrasse, dans le sud-ouest, où, là où tout a brûlé là dans les Corbières, qui était géniale. Je leur avais dit mais vous n’avez pas lu le livre dans la forêt de Jean Hegland. Mais faut absolument le lire, il est génial, vous allez adorer, c’est une dystopie féministe incroyable. Et elle conduisait, moi je ne pouvais pas conduire, je n’étais pas assurée sur leur voiture. Donc, je leur faisais la lecture de ce livre dans la voiture. Donc on est allées dans le sud-ouest, on est allées dans la famille en Dordogne, et on est revenues par le camping, et je leur lisais des chapitres. On arrive à la Chaise Dieu et dans la voiture en été, j’étais en train de leur lire la fin du chapitre, des pages du moment où on était. Puis on arrive à la librairie qui avait enfin son enseigne et qui s’appelait dans la forêt. Et en fait Stéphanie, la libraire qui est une amie maintenant, a toujours une table à l’entrée de ces livres qui donnent envie d’ouvrir une librairie et moi à cette époque, j’étais au fond du trou de ok, il faut que je trouve une solution pour fuir l’éducation nationale. Enfin, je n’étais pas encore au fond du trou, mais j’étais pas loin du précipice, quoi. Et je me suis dit je vais libraire à la campagne, quoi, c’est ça. Là, elle fait exactement ce que je veux faire. Finalement, je ne serai pas libraire et j’ai, peut-être un jour, mais je pense pas. Et tous les livres sur cette table c’étaient que des livres que j’avais lu et que j’adorais, qui étaient dans le top dix de mes livres préférés. Et voilà, et Stéphanie, j’emmène, dès que j’ai un ami qui vient, je viens pas lui faire visiter le Puy, je l’emmène à la Chaise Dieu et à Sembadel, évidemment. Sembadel gare qui est mon endroit préféré de Haute-Loire.
– T’as pas racheté là, il y avait le…
– L’Hôtel Moderne, hein, mais pfff si tu savais l’Hôtel Moderne mais j’adore, j’emmène tout le monde là en disant regarde c’est Twin Peaks ici, c’est incroyable et c’est… Ch’ai pas, il y a un truc qui se passe, une atmosphère dans ce village…
– Il est toujours à vendre l’Hôtel Moderne ?
– Je crois pas qu’il soit à vendre, non, je crois qu’il n’a jamais été à vendre, il est abandonné… Enfin, je ne sais pas , mais il n’y a pas de panneau à vendre en tout cas, mais il est magnifique, il est incroyable.
– Faudra peut être que tu te renseignes parce qu’un jour tu verras qu’il a été racheté, tu seras triste.
– Ben ça dépend si c’est quelqu’un qui le rachète avec le projet de le réhabiliter, sans…
– C’est quoi, un tiers-lieu que t’aimerais là-bas, un café associatif ?
– Non, pas forcément, qu’il vive. En fait, je serais heureuse qu’il vive, peu importe comment.
– C’est vrai qu’il est très beau, la façade là, c’est assez chouette.
– Et puis on imagine parce qu’en fait ça s’appelle Sembadel gare, car avant il y avait un… Je pense un entrepôt de réparation de train sncf sur cette voie. Le train est un gros dada, la mobilité douce en Haute-Loire est un gros sujet qui m’intéresse particulièrement. Donc il y avait une magnifique ligne de train entre Craponne, la Chaise-Dieu, Ambert et tout ça et les trains étaient réparés, donc il y avait beaucoup de passage, donc il y avait plusieurs hôtels, voilà puis, c’était les hôtels… On venait en vacances là et on prenait le train pour s’y rendre et j’imagine la vie qui avait dans ce village. Et maintenant, il y a, ce village entier est une scierie, et ch’ai pas, je trouve ça, je trouve ça génial.
– Je jette toujours un petit regard aussi, quand je vais par là-bas. Je sais pas, ça m’a toujours intriguée. Tu fais le marché ?
– A Craponne-sur-Arzon . Alors, théoriquement, je le fais pas en été parce que j’ai un potager, mais vu que cette année, c’est un carnage total, mon potager, je fais le marché.
– Tu prends donc des fruits légumes, c’est ça.
– Ouais, des fruits légumes à Thomas, et Manon, Ferme Tête de Linotte, je crois ou un truc comme ça.
– On vérifiera.
– Voilà et Lola, la Terre Ferme sur Arzon à Vorey aussi qui est au marché de Craponne et les biquettes de Sembadel pour le fromage de chèvre qui fait un reblochon de chèvre qui est incroyable.
– Ah, bien, tu fais quoi des tartiflettes avec ce reblochon ?
– Evidemment. Ou j’en mange, juste comme ça.
– Des fois l’été, en plein mois de juillet, c’est vachement bon une tartiflette.
– Ouais c’est vrai c’est vrai.
– Ouais avec du Sirah, tout passe, tout passe. Est-ce qu’il y a un restaurant bar maintenant, que tu affectionne tout particulièrement ,
– Ben on va continuer à parler des copains. Il y a l’Auberge du Campos, à Saint-Pierre-du-Champ, qui, pour moi, devrait être dans tous les guides de, il y a le fooding, qui avait fait un petit post sur les restaurants en Haute-Loire, qui sont aussi des copains. Le Orfenor est trop bon. La Chassignolles, je les connais pas, mais c’est génial, Juste une Lichette qui est une cave incroyable à Brioude. Mais y’a pas à l’Auberge du Campos. Sarah et Lucile en cuisine, elles sont… C’est incroyable.
– Elles cueillent elles-mêmes leurs champignons, j’ai cru voir.
– On a fait un projet ensemble l’année dernière sur les champignons. Elles ont cuisiné un dîner à thème de six services sur les champignons, et moi j’ai documenté, je fais des photos, puis on a fait un petit livre de recettes et c’était, c’était trop bien. Et Brice qui est en salle, il faisait le service ce jour-là et voilà…
– On le trouve où ce livre de recettes ?
– Nulle part, à part si tu le veux, je peux te le commander.
– D’accord, ok. Donc on passe par Agathe quoi si on le veut, c’est ça ?
– Ou je pense le camp l’Auberge du Campos, ils peuvent vous faire passer le message et ils continuent les dîners à thème. Ils en font un, plus ou moins un par mois, sur le repas autour de l’oignon du petit pois, champignons.
– Ils sont ouverts tout le temps ou comment ça fonctionne, tu sais, à peu près non ?
– Du jeudi soir au dimanche midi, il faut réserver parce qu’ils ont tellement de succès que c’est souvent complet.
– C’est toujours comme ça quand ça se passe bien. C’est super.
– Ils ont des chambres pour ceux qui viennent de loin.
– Ah bah, voilà, vous pouvez rester une semaine, juste là-bas, histoire de goûter tous les plats, d’aller cueillir les champignons avec elles et puis voilà. Est-ce que tu as un plat préféré chez elles ou pas ,
– Ben leur carte change toutes les semaines.
– Elles savent y faire parce que, du coup, tu y vas une semaine, par exemple, tu commences à t’habituer à un plat et tout d’un coup, paf, il est plus là, elles en font un autre, t’es obligé de rester ou de revenir.
– Exactement, quand t’arrive à avoir une place et que tu te dis pas, ah tiens, je vais aller manger au Campos ce soir-là. Ben non, c’est complet.
– Trop tard !
– Trop tard.
– Faut mettre des alertes.
– Ouais c’est ça.
– Réserver le Campos réserver le Campos au moins un mois avant. Comme ça, vous êtes sûr d’y arriver. On parle de quoi d’associations, avant de parler toi ? On va déjà parler de toi un peu avec cette association que tu vas nous présenter.
– Ouais, l’association la Petite Pandore qu’on a fondé, avec, on était quatre à la base, donc Anne-Claire Servant, qui est céramiste, Camille Frank, qui a le Café des Simples à Auzon, et Sophie Faudon qui anciennement gérait la Clairière mais qui…
– Oui à Chomelix.
– Mais oui à Chomelix et qui, du coup, n’est plus dans le projet. On avait lancé cette association dans le but de soutenir et valoriser les femmes artistes en territoire rural. Voilà, c’est une association qui a à peu près un an et demi, qui en ce moment, est un peu dans le creux de la vague parce que beaucoup de boulot de mon côté, vraiment peu de temps de m’en occuper, et entre les projets perso de chacune, c’est dur de trouver du temps.
– C’est toujours dur quand on a une association comme ça, quand on est plusieurs, de pouvoir la faire fonctionner à temps plein.
– On est sur un toute la Haute-Loire en géographie, avec toutes à notre compte et toutes, des emplois du temps différents et des obligations familiales qui font qu’il faut qu’on prenne du temps pour se dégager du temps justement.
– Et oui, parce que c’est toujours chronophage quand on a un métier soit artistique ou artisanal par rapport aux autres, peut-être plus. Donc…
– Ben c’est ça, parce qu’on a pas un seul métier, en fait. Nous dans l’assos, c’est que des professionnelles donc pas des amatrices et des personnes qui vivent de ça ou en tout cas qui essayent de vivre de ça, et qui sont leur activité principale, qui souvent soit ont une formation, soit sont autodidactes, mais qui ont de l’expérience dans le milieu et en fait, ben si on veut vivre de ça, il faut… Faire de la com’, être comptable, du réseau, du marketing, de la logistique et plein de choses qui prennent énormément de temps. Donc souvent les clients ne se rendent absolument pas compte. Je vois en photo, ils se disent bon ben en fait t’as fait clic, clic sur ton appareil et voilà, sauf que non.
– La post-production, tout ça, ils ne connaissent pas.
– Ils ne connaissent pas et puis, tout le temps que t’as à démarcher et tout ça…
– Donc, si on veut des informations sur Petite Pandore, il y a la page Instagram, il y a HelloAsso. Qu’est-ce qui est le mieux?
– Oh je pense la page Instagram. C’est le seul truc qu’on arrive de temps en temps à faire vivre.
– Oui, donc, si on a des questions, on peut les poser par, via ce biais-là.
– Ouais c’est ça, sur petite_pandore.
– Parce qu’il vous est arrivé de faire un événement en regroupant plusieurs…
– Ouais, on a fait plusieurs événements. On en a fait un gros l’année dernière au Café des Simples qui s’appelait floraison autour de la tulipe. C’était incroyable. Et cette année, à Orfenor donc l’hôtel restaurant super chouette à Brioude où c’était un marché des créatrices de Petite Pandore, au mois de juin.
– On va parler, toi, Agathe, si tu veux bien.
– Hum.
– Ouais. J’aimerais bien savoir, tu étais donc institutrice, tu faisais de la photo quand tu étais institutrice ou pas ? Oui, déjà ?
– En fait, j’ai eu mon premier appareil photo à seize ans, je crois. Non, même avant. En fait j’avais un appareil familial que je me suis accaparé qui faisait la taille d’une disquette, à l’époque, d’ordinateur, qui était plat rouge numérique et que j’emmenais partout avec moi. Je me souviens, en voyage scolaire en Angleterre, en Allemagne, beaucoup de photos de mes copains. Des photos, à faire poser mes copains et tout, avec absolument aucun talent et aucune maturité dans le truc, mais une appétence pour l’art déjà, j’avais option arts plastiques au lycée. Ça m’a toujours très, très, très intéressé. Puis, j’ai fait des études plus ou moins dans l’art, côté théorique, mais avec un regard assez développé, et après, j’ai eu un premier réflexe. J’ai toujours fait de la photo avec un énorme syndrome de l’imposteur en disant je fais juste ça, comme ça, voilà. Puis, petit à petit, j’avais déjà fait des choses en étant instit, des copains de copains, qui ouvraient un resto, qui se mariaient… Puis, petit à petit, j’ai une amie qui est maintenant photographe et directrice artistique, qui est venue boire le café, qui m’a dit mais attend Agathe, tu sais que si je me suis acheté un appareil photo, c’est quand j’ai vu tes photos. Je me suis mis à la photo en voyant tes photos. Maintenant, tu vas te sortir les doigts du cul et tu vas ranger ton syndrome de l’imposteur et tu vas te mettre à faire de la photo. Ok, et voilà.
– Comment on aborde son premier client. Quel est le premier client qui a été le plus, le plus impactant peut-être pour toi.
– Ahhhh ?
– Parce que toi, tu as une, une photo assez engagée quand même. Je me trompe peut-être.
– Alors la photo, je sais pas, mais en tout cas, j’ai une démarche dans le sens où… Ben déjà, pour moi, tout est politique dans la vie. Tous nos choix sont politiques.
– Ah mais tout, même quand on fait l’amour, c’est politique…
– Exactement.
– Il paraît donc, de toute façon, il y en a toujours un qui est dessus, l’autre dessous… Excusez-moi pour l’image, mais en gros, c’est ça.
– C’est ça et en fait moi j’ai vraiment à cœur de faire des photos pour des choses qui me tiennent à cœur. J’ai dit beaucoup cœur, mais c’est pour dire…
– Que ça te tient à cœur.
– Ouais.
– Si tu dis beaucoup cœur.
– Voilà. En fait, j’ai pas envie de faire des photos pour faire des photos. J’ai envie de faire des photos pour mettre en valeur ce que je trouve beau.
– Faut qu’il y’ait du sens quoi.
– Exactement. Et le premier client mais c’est fou, parce que là, tu vois, dit comme ça… En fait, je crois pas que ce soit les trucs qui m’ont le plus marqué n’était pas forcément un client. Je me souviens, c’était pendant le confinement, ou un peu avant, ou ch’ai pas. J’avais redécouvert comment faire des doubles expositions, et j’ai tout une grande période où, pendant six mois, un an, je faisais plein de double expo. Je trouvais ça génial. Une double expo, c’est quand tu fais une photo et qu’on rembobine pas et qu’on… C’est en argentique. J’en avais fait en argentique. Après, je me suis dit l’argentique, ça coûte cher et moi ch’uis pas du tout technique. En général, je suis plus du genre à foirer les trucs, casser les trucs parce que je lis pas les modes d’emploi, que je fais pas comme il faut, etc. Donc, l’argentique, pour moi, c’est une ruine financière parce que je prends pas le temps, je suis assez egrjhghjfjzjkf , je mets la charrue avant les bœufs.
– T’es pas comme Depardon, qui fait très peu de photos toi ?
– Sur une journée de mariage, je fais huit mille photos quoi. Je vais être très compulsive. Et donc, je m’étais dit mais en fait, je vais le faire, je vais le faire numériquement. Donc, c’est un peu biaisé, parce que quand tu le fais à l’argentique, t’as pris une photo avant, tu sais comme elle est mais tu te souviens pas exactement. La numérique, c’est à toi de jongler. Et c’est là que j’ai découvert tout le monde de la retouche numérique qui, pour moi, comme souvent, beaucoup de gens disent ah mais la retouche… Ah non, moi je fais des photos sans retouche et les gens sont là, ola ouais super. Alors qu’en fait, ben moi, y’a toujours eu de la retouche. Quand tu prends les photos, les vieux portraits où on passe au fusain quoi, ça a toujours existé. Ça permet vraiment d’affiner encore plus l’image, comme t’as envie.
– Qu’elle ressemble plus au regard que tu as porté, que tu voulais faire ressortir.
– Oui, j’aime pas non plus que ce soit extrême, parce que je trouve que, j’ai envie que ça reste naturel. Mais en tout cas, voilà, si j’ai un moment marquant dans ma pratique photographique, c’est cette pratique de double exposition, et de l’autoportrait aussi, qui était dans une période de ma vie où je n’allais pas très bien, où ma psy m’a dit prends toi en photo. Tu fais de la photo, prends toi en photo. J’ai dit noon… Alors je suis pas trop du genre selfie et compagnie et en fait l’autoportrait, c’est pas un selfie, parce que tu te montres pas. C’est beaucoup plus vulnérable, beaucoup plus, en tout cas moi je trouve ça beaucoup plus dur parce qu’il y a de la réflexion derrière et la double exposition et l’autoportrait permettent de se cacher un petit peu. Ce qui me permettait de me sentir un peu plus… D’avoir un peu plus d’humilité là-dedans.
– L’autoportrait, ça peut être un grain de beauté, ça peut être un petit détail, c’est pas…
– Oui c’est ça.
– Ça rien à voir avec le selfie, effectivement. Et puis, la retouche, comme tu dis, oui, elle… La retouche si elle est faite à ton image et qu’elle est bien faite…Voilà.
– Voilà. Souvent, on me demande mais tu mets un filtre sur tes photos ? Et je dis ben non, c’est pas un filtre, parce que je n’ai pas une formule magique que j’applique toutes les photos. Déjà, il y a des réglages que je fais sur mon appareil, ma façon de shooter, je sais que si je prends un autre photographe, quand on échange nos appareils, ça ne sera pas du tout le même rendu, parce qu’il y a des réglages que je fais de l’ouverture, de balance des blancs, de choix de niveau d’iso, etc. Qui font que mes photos ont déjà une patte. Et après la post-prod, ben forcément, je vais appliquer moi ce qui fait que ma photo va me plaire et je vais jamais partagé une photo qui plaît pas ou dont je suis pas assez fière, un minimum. Mais c’est pas un truc tout fait ou une formule magique j’arrive hop, clic, je prends beaucoup de temps sur chaque photo.
– Mais je crois que les photos que je préfère en général des photographes, c’est leurs photos perso. J’aime beaucoup la photo de ton chien, qui erre.
– C’était… Je suis en train de lire la légende en même temps parce que j’oublie… Allez savoir pourquoi je viens de me perdre dans des poèmes de Mallarmé, notamment ces « toasts funèbres ». Il parle d’une foule hagarde, qui annonce : « nous sommes la triste opacité de nos spectres futurs. »
Allez savoir pourquoi j’ai pensé à ce chien qui n’est pas une foule mais qui a l’air hagard.
Allez savoir pourquoi cette histoire de la triste opacité de nos spectres futurs m’inspire une petite danse de joie. Allez savoir. Voilà, c’est là où je me dis, mais qu’est-ce que je racontais ?
– Elle est partie dans ses délires…
– Je ne sais pas si vous avez lu Stéphane Mallarmé un jour les auditeurs, si vous voulez lire la personne la plus dépressive de la terre, faut y aller. Mais vraiment, faut y aller quoi, c’est noir de chez noir, mais c’est génial. Et donc ce chien, c’était à Chabeuil dans la Drôme il y a à peu près un an où j’ai fait un workshop avec un photographe qui s’appelle Pierre de Vallombreuse, qui travaille sur les peuples autochtones, enfin qui a beaucoup travaillé sur les peuples autochtones aux Philippines, beaucoup en noir et blanc. A la base elle était pas du tout en noir et blanc cette photo et le thème, c’était genre journal intime et poétique du quotidien. Donc, je m’étais dit ah ça me va bien ce workshop et en fait très vite je me suis dit c’est ce que je fais tout le temps en fait. Vu que je vois du beau partout et du poétique partout, ça me challengeait pas trop et donc, il m’a dit tu vas te concentrer sur les zones pavillonnaires et quartiers moche. Donc, j’ai passé trois jours, absolument…
– Ahhh, moi, c’est des endroits que j’adore.
– J’adore aussi, mais à photographier, c’est…
– Ah, c’est dur.
– En fait, ça change beaucoup de mon esthétique habituelle et d’ailleurs j’ai pas particulièrement partagé cette série, parce que elle me dérange d’une certaine manière. J’ai un peu l’impression de me moquer du mauvais goût des gens et j’ai pas envie de me moquer du mauvais goût des résidences pavillonnaires qui mettent un petit lion sur la devanture de leur portail, ou… Voilà. Donc, du coup, je ne l’ai pas partagé mais ce chien qui passait là, qui avait l’air complètement déprimé dans cette ville, où il y avait personne, nulle part, voilà, ça m’a fait penser Stéphane Mallarmé.
– Mais tu sais ce que tu disais là, t’as pas envie de te moquer, mais si tu as pris ce petit lion ou ces détails, c’est que ça t’a touché quelque part. Donc, c’est pas de la moquerie, c’est une sensibilité que tu as, que tu n’as pas envie de dévoiler peut-être… Aux autres.
– Ben, ouais en fait moi j’ai aussi un peu le côté ironique. Tu sais… En fait, c’est une réflexion que j’ai beaucoup depuis que j’habite à la campagne. Tu vois de me marrer quand je vois une affiche absolument mais mal faite, mais vraiment, au niveau graphisme, c’est la cata sur soirée, soupe aux choux, écrit avec des fautes d’orthographe et une typo dégueulasse.
– Ah j’adore ces affiches !
– Voilà. Mais du coup, je me pose, je me questionne quand même de quelle est la limite de snobisme et de je suis en train de me moquer de ce genre d’affiche alors qu’en fait elle me touche profondément, je trouve ça touchant d’avoir cette volonté et qu’il y ait autant de choses qui se passent en zone rurale. En même temps, si je le prends en photo et je le partage, il y a un côté d’ironie et de se m… Pour moi…
– T’as peut-être peur qu’on pense ça.
– Oui et j’ai pas envie, j’ai pas envie de paraître pour la nana snobe, quoi ?
– Ok, je comprends. Là, tu essaye d’asseoir ta légitimité comme quoi tu es une urbaine qui vient vivre à la campagne.
– Mais c’est marrant, parce que je me définis… Même quand je vivais à Lyon, je ne me définissais pas comme urbaine. Je me suis jamais senti urbaine en même temps, je me sens jamais… Tu sais ce truc de… En anglais, il y a une expression qui dit I belong, littéralement c’est j’appartiens. Mais on peut dire ça d’un lieu, j’appartiens à cet endroit, enfin, je me sens chez moi, je. Et moi, j’ai jamais eu ça. J’ai grandi, je suis née en Seine-et-Marne, j’ai grandi en plein milieu des champs de betteraves. Ma famille vient à la fois d’Alsace, de Seine-et-marne, du Jura, d’Algérie, de… Enfin c’est un peu… D’Espagne. C’est un peu un melting-pot pas possible. Ensuite, j’ai habité dans le beaujolais, sur la Côte d’Azur, à Lyon, en Allemagne, aux Etats-Unis, à Paris, et pour moi, tout a toujours été un peu provisoire. J’ai donc beaucoup déménagé gamine puis après, quand mes parents ont divorcé, ben t’as plus vraiment de maison. Et du coup, je me suis jamais définie lyonnaise, je ne me suis jamais définie urbaine en même temps, pas forcément rurale non plus. Et en fait, là, ce sentiment de I belong ben je l’ai en Haute-Loire, alors que je viens pas du tout de Haute-Loire et que ça fait pas si longtemps que j’y habite.
– Mais c’est chouette, I belong to you haute-loire.
– C’est ça.
– Je vais faire une affiche comme ça.
– Ouais.
– Bien, tu vois, bien kitsch, parce que moi j’adore, je sais pas si tu as vu mon insta, je fais que des trucs kitsch, surtout mes stories, c’est du kitsch de chez kitsch.
– Mais le kitsch… En fait, il y a une différence entre le kitsch choisi et le kitsch qui est pas fait exprès, juste parce qu’on se rend pas compte qu’on a zéro talent en graphisme.
– Ouais mais des fois, le kitsch pas choisi, pas fait exprès, il rend pas mal quand même.
– C’est vrai, c’est les plus touchants, c’est le plus réussis d’ailleurs.
– C’est clair. Tu fais du portrait, tu fais des… Enfin, de l’événementiel, tu fais de l’évènementiel ou pas ?
– Alors, moi, je fais surtout du reportage photo. Donc ça peut inclure du portrait, mais je suis pas portraitiste. C’est vraiment pour moi, c’est vraiment une qualification. Enfin je…
– T’en as fait un petit peu, t’en as fait quelques uns quand même.
– Oui, je sais faire des portraits et j’aime ça, mais c’est pas ma spécialité pour l’instant. Ça changera peut-être. Moi j’aime bien le mouvement, j’aime bien découvrir des savoir-faire et je suis curieuse. Et les reportages, c’est génial pour ça. Là il y a quinze jour j’ai fait un reportage à l’établissement français du sang. J’étais là mon dieu, je ne connais absolument rien en sang, le plasma…
– Et comment prendre en photo ça !
– Déjà la chargée de com qui a passé la commande, quand je l’ai eu téléphone, elle me dit est-ce que vous craignez le sang ? Ça dépend. Est-ce qu’il y aura une personne ensanglantée qui va courir vers moi ou est-ce que c’est des poches ? Parce que les poches, c’est terrible ce que je vais dire mais c’est un peu comme un steak quoi .au final. C’est… En dehors du… Si je vois une vache abimée qui saigne, ça va être horrible. Un steak dans une boucherie, bon c’est un steak quoi. Là je l’ai un peu… Je me suis un peu dans ce truc-là, mais je n’y connaissais rien et donc je n’arrêtais pas de poser des questions. Et je me disais mon dieu, ils vont me prendre pour une débilos, surtout quand c’était le moment des plaquettes, où j’étais aahhh les plaquettes, pour moi, c’est les petites briques de Il était une fois la vie quoi, j’étais un petit peu gênée et voilà, et juste avant, j’avais fait un mariage qui est un vrai reportage, parce qu’on est dans une famille qu’il y a plein d’émotion, plein de choses qui se passent. Et juste avant, j’avais travaillé pour la fondation de France où j’avais fait un reportage de plusieurs associations qui bossaient en collaboration dans un village rural d’Ardèche, bon là, je bosse pour le musée Crozatier.
– C’était Yes We Camp ce…
– Ouais, c’est ça, avec Yes We Camp. Pour le musée Crozatier où j’ai un gros projet d’expo à venir.
– Ohhh, génial ! On apprend des petits trucs, on apprend très petits trucs.
– Voilà donc, en fait, ça change, c’est hyper varié et souvent, parce que voilà, par exemple, prendre des photos de blouses blanches en train de gérer des trucs de sang, ben c’est quand même beau, il se passe plein de choses, y’a plein de choses à montrer, plein de choses à voir, et j’adore pouvoir orienter le regard vers des choses qu’on ne voit pas forcément.
– Oui, c’est pas juste quand le mec te plante l’aiguille, il y a tout l’envers du décor aussi, en fait.
-C’est ça ouais, l’envers du décor et puis voilà, on pense établissement français du sang, on se dit ouais, les petits camions qui viennent faire la récolte, machin, etc. Mais il y a plein de gens derrière qui vont récolter les pochettes de sang, qui vont séparer le plasma, les plaquettes qui vont recréer avec huit petits sacs, qui vont faire une seule de plasma, les centrifugeuse…. En fait il y a plein de choses, ils vont faire de la recherche et crée des médicaments. Il y a vraiment plein de choses autour et c’est… Je trouve ça fascinant. Je me dis, si je peux, enfin moi si on me dit demain, tu vas aller faire des photos ch’ai pas de, d’un fabricant de boulons mais je dis ben oui, même si, comme ça, ça a pas l’air sexy. Mais je me dis mais trop bien, j’ai trop envie de savoir comment on fait des boulons, quoi.
– Oui donc le reportage, c’est ce qui te plairait le plus, parce que tu apprends énormément.
– C’est ça, et les rencontres humaines, d’avoir des personnes passionnées. Là, il y avait une jeune qui bossait, qui nous expliquait, elle était passionnée parce qu’elle faisait. C’est génial, quoi.
– Ça fait du bien.
– Ça fait du bien et ça met un peu une pression mais que j’adore de me dire bah, il faut que la photo soit aussi réussie que ce que elle, elle est capable de faire.
– Ouais. Que tu sois la hauteur de sa passion.
– C’est ça et ce qui peut m’agacer souvent, c’est de voir des savoir-faire, des artisans, des commerçants, des restaurateurs qui ont un talent pas possible et qu’ont une com de merde parce que, pour eux, ils ne voient pas l’intérêt. Alors que je me dis mais en fait, c’est ce qui me permet de montrer votre talent, et c’est hyper important de montrer son talent. Enfin, c’est pas juste pour attirer des clients, ça permet de montrer vos valeurs, qui vous êtes. Et oui, bien sûr faut payer pour avoir des photos et j’entends, mais c’est quelque chose qui…
– C’est un investissement qui te rapporte beaucoup plus après que…
– En terme d’image, du moment où tu es artisan, t’as une image publique, et pour moi, elle est à travailler autant que les meubles que tu fabriques ou les plats que tu cuisines. Et c’est hyper important.
– Parce que les personnes vont faire le choix de faire soi même leurs photos soit d’embaucher quelqu’un de moins cher, et on peut toujours trouver quelqu’un moins cher, mais un an après, ils verront que ça n’a pas fonctionné. Donc, ils vont recommencer avec quelqu’un de moins cher, pour après finalement se rendre compte que si ils t’avaient pris dès le début… Voilà, ils auraient économisé en fait, ils auraient gagné, ils auraient gagné de l’argent.
– Et puis, je pense que quand c’est quelqu’un, un photographe professionnel, qui a l’habitude, et qui a un regard qui se pose partout, même dans les petits détails. Souvent, quand, quand je livre les reportages, on me dit ah, mais comment t’as vu ça, comment, à quel, comment tu t’es retrouvée à prendre ça en photo ou quoi et, et c’est ça qui me touche le plus, parce que quand t’es dedans, tu fais pas gaffe, tu vois pas, t’as la tête dans le guidon, et au final, ton petit bout de cuir que t’avais laissé trainé et qui parle parce qu’il est martelé de tes outils et qu ‘il est là parce que la couleur te plaît et que tu dis que tu vas en faire quelque chose. Ça raconte plein de choses et toi, tu le vois peut-être pas quand tu l’as dans la main tous les jours mais pour les autres, ça parle. Et quand on sait le montrer d’une manière qui parle, c’est intéressant.
– C’est l’expérience. D’ailleurs, ça nous amène peut-être à parler un petit peu de ton duo, une petite agence…
– C’est une petite agence, vraiment petit agence. Avec mon amie Sophie, qui travaille dans le marketing, elle a travaillé chez Valrhona avant et ensuite elle est à la Clairière, maintenant, elle bosse pour FNE43 et c’est une bosse de la com et du marketing. Là où moi, tout le côté stratégique… J’ai plus le côté créa youhou ! Et du coup, on s’est associées pour bosser ensemble. On n’a pas vraiment trouvé le temps de trouver beaucoup de clients, mais on bosse avec un super gîte depuis neuf mois bientôt, le gîte la Retirade au lac du Bouchet, qui sont trois nanas incroyables qui le gèrent en scop.
– Elles font elles-mêmes, voilà, la nourriture tout ça. Vous êtes bien accueilli.e.s. Elles ont pas une petite gingembrette, enfin une petite boisson au gingembre, il me semble ? Du coup hier, j’en ai fait parce que je ne sais pas, je devais regarder un peu l’Insta de la Retirade.
– Elles servent une petite boisson au gingembre, elles font tout elles-mêmes et puis elles sont… C’est des rayons de soleil les trois, hein, franchement, Véro, Flo et Emilie, gros cœur. Et ouais, avec Sophie, ça s’appelle les Petits Justes parce qu’on trouve que un tout petit peu de justesse dans ce monde, ça fait du bien.
– Ouais. Est-ce que tu veux, rajouter quelque chose par rapport à ton activité, par rapport à toi, ta maison, tes chats.
– C’est dur de se lancer, parce que j’étais instit avant. Je faisais déjà de la photo. Je me suis lancée dans un département que je connaissais pas, rural, où je construisais une maison sans venir du bâtiment et sans savoir-faire. Donc voilà, je passerai ce détail. Et j’ai découvert, je pense, ce qui est un problème dans tout les milieux ruraux, c’est pas spécifique à la Haute-Loire, même si je pense que la Haute-Loire a un gros potentiel là-dedans, d’être dans l’entre-soi et des petits papiers politiques et des petits de si t’es pas pote avec un tel ou si t’es pas copain avec un tel ou au contraire, si t’es pas du tout le copain d’un tel ben on te boycotte un petit peu quoi. Et ça, moi, je l’ai ressenti. Quand je dis que je suis photographe engagée, c’est aussi parce que je ferme pas ma gueule et que moi, à devoir fermer ma gueule pour bosser avec un truc qui n’est pas avec mes valeurs, ça ne fonctionnera jamais. Je préfère dormir sur mes deux oreilles et perdre un contrat que me vendre. Et en fait, ça, c’est quand même très difficile d’entendre Ah mais on préfère travailler avec un photographe. Alors on aime moins son travail que vous, c’est peut être un peu moins qualitatif, mais par contre on le connaît, voilà. Ben écoutez, faites ce que vous voulez, il n’y a pas de soucis et même je dirais, alors, pas tous les photographes, mais certains photographes que j’ai essayer de contacter, on est photographe en Haute-Loire, on va s’entraider, qui m’ont envoyé bouler en mode je suis la concurrence parce que, je ne sais pas si c’est parce que je ne venais pas de Haute-Loire ou quoi, et moi je fonctionne pas du tout prompt comme ça, moi c’est pas de la concurrence. Les autres photographes, c’est des collègues et suis ravie de si il y a un reportage que je peux pas faire pour x raisons de donner mon contact de quelqu’un d’autre. L’autre fois, on m’a demandé si je faisais de la vidéo, ben non, c’est un autre métier, j’ai pas hésité à donner le contact de quelqu’un d’autre et ça, ça a été difficile, et voilà donc, il y a tout ça accumulé, qu’on n’a pas de trésorerie parce qu’on est mal organisé niveau financier comme moi, eh ben, c’est dur. Ce qui m’a pas mal aidé, c’est que j’ai un agent qui me fait bosser à Paris, de temps en temps. Donc je ne suis pas représentée encore par l’agence, ou peut être que je ne le serais jamais, mais en tout cas il m’a filé des contrats assez chouettes à la philharmonie de Paris, voilà. Même si ça marche pas en termes de représentation par un agent, ça m’a reboostée comme pas possible au niveau confiance en moi et je le remercierai jamais assez de m’avoir fait confiance parce que je me suis dit ouah si on m’appelle moi, parmi tous les photographes pour aller faire cette photo, enfin ce reportage, c’est que je sais faire des photos en fait, parce que quand on est autodidacte et qu’on se prend que des vestes parce qu’en fait on ne vient pas de Haute-Loire, au bout d’un moment on se dit mais… ch’ui pas photographe.
– Et c’est dommage parce que, justement, de faire confiance à ses collègues, je veux dire de d’accepter ben l’entraide, ça permet de progresser.
– Exactement, exactement. Et moi, j’adore collaborer et j’adore bosser avec d’autres personnes de voilà, que ce soit de mon domaine ou autre, et c’est trop chouette. Et je me dis mais il y a plein de photographes en Haute-Loire, c’est trop dommage de pas… Même de mettre en commun. T’as besoin d’un téléobjectif, j’en ai pas, je te le prête, j’ai un flash, t’as besoin d’un assistant ben je suis là … Et voilà, c’est des petits trucs et que j’aimerais bien mettre en place un peu plus, tu vois.
– Peut être qu’à Salut les Ponots ! on connaît des photographes qu’on pourra présenter, qui sont sympas. A Salut les Ponots ! on un slogan c’est Crache ta lentille !. Donc t’as fait un petit crache ta lentille là quand même, je trouve, par rapport au projet on va dire au projet un petit peu fermé aux personnes qui ne sont pas par exemple de la Haute-Loire. C’était pas mal. Je voulais d’abord savoir s’il y avait un événement que tu trouvais remarquable en Haute-Loire ou qui se passe ailleurs en Haute-Loire et que tu aimerais voir en Haute-Loire.
– J’aimerais beaucoup et d’ailleurs, c’est toujours dans mes une idée à la seconde, c’est un projet que j’ai depuis super longtemps, que je n’ai jamais mis en place, mais j’adore la littérature. J’adore la littérature jeunesse, l’illustration jeunesse, l’illustration tout court, les BD, romans graphiques et tout ça. Je bosse souvent pour un festival, enfin, tous les ans, je bosse pour un festival de bande dessinée alternative à Paris, où je fais des photos. J’adorais faire un festival comme ça, en milieu rural, avec, encore mieux, ça serait des femmes illustratrices qui a bon entendeur, à bon entendeuse, si certaines veulent s’associer à moi pour monter ce projet.
– Ben t’inquiète pas on va faire un petit message Salut les Ponots ! Il y en a déjà quelques-unes dans le sac aussi, voilà qui connaissent le site et qui je pense se retrouveront dans tes valeurs. Donc, ça peut être chouette. Après, je ne sais pas si elles font toutes de la BD, mais je ne pense pas, parce que c’est assez particulier la BD quand même.
– Il y a de l’illustration de la BD, qui me touche au plus haut point, mais à m’en faire pleurer quoi. Je me souviens à l’époque de c’était quoi Tumblr, tu sais où… J’avais des milliers, ou même Pinterest, des milliers d’images que je trouve belles et ce côté un peu de curation m’intéresse trop et j’aimerais trop faire ça dans le cadre d’un festival. Et on en parle souvent avec Stéphanie de dans la forêt, on pourrait la faire venir, j’ai une de mes amies qui est illustratrice, on pourrait faire venir… et gnagnagna.
– Donc, si je comprends bien, le lieu est déjà trouvé quoi.
– Ah ben alors là, ça serait, ça serait parfait quoi. A la Chaise-Dieu, parfait.
– Hein Stéphanie ?
– Mais peut-être… Elle a beaucoup de boulot Stéphanie, alors peut-être pas la surcharger à la librairie, mais en partenariat.
– Et donc, est-ce que tu as un autre Crache ta lentille ?
– Le côté t’es néo-rural donc, forcément, si tu dis quelque chose, on va te dire retourne vivre en ville. Sauf que je ne veux pas vivre. Enfin, si j’ai choisi de vivre là… Enfin, je mets au défi n’importe qui de changer de vie et venir s’installer dans un, comme ça, quand tu connais pas et que t’as pas de lien ici. Et ça m’agace parce que ben j’ai le droit de critiquer. Ça veut pas dire que je ne fais pas avec et que j’accepte pas, mais j’ai le droit d’émettre un jugement. Ben ça c’est moche, ça je trouve ça nul , le fait qu’il n’y a pas de transports en commun, je trouve ça nul. Quand on me dit retourne en ville, il y a des transports en commun, bah non, en fait, pourquoi est-ce qu’il y aurait pas des transports en commun en milieu rural ? Et souvent, ce truc de t’es néo-rural, tu veux venir mettre ta vie de ville à la campagne. Moi, c’est pas ce que je recherche et j’en ai marre que la campagne soit vue, mais non, mais aussi par les urbains et par les médias, etc. Ce que la ville n’est pas et qu’on voit la campagne comme le négatif de la ville, alors qu’en fait, c’est plein d’autres choses géniales et que, du coup, quand tu fais une remarque, on dit mais oui mais c’est pas la ville, mais peu importe, c’est pas… Là, je suis pas en train de te faire un comparatif, juste en train de te dire il n’y a pas de transports en commun au nord de la Haute-Loire et c’est en fait, et c’est tout. Sur mon compte Pas Carré et Pas Rond où je n’ai absolument pas de filtre. Où je fais beaucoup d’humour, de sarcasme, mais en fait, je réfléchis pas quand j’écris donc, j’écris comme sa sort et mon voisin qui est, qui est un tout jeune fermier qui a repris l’affaire, mais vraiment, il doit avoir vingt-deux ans ou un truc comme ça, qui a une charge de travail monumentale et il m’impressionne. Il a foutu des bottes, des tas mais des pyramides de paille au fond de mon jardin et je sais bien qu’il a pas le choix, je sais bien qu’il le fait parce qu’il doit le faire et que c’est pour nourrir ses bêtes et que je lui demande pas de l’enlever. Mais j’ai le droit de dire que c’est moche et ça veut pas dire que lui, je critique son travail. Juste j’ai ça en face de chez moi. Ben c’est moche, et ça restera le temps que ça reste, ça partira après. Et en fait, de pas pouvoir le dire sans qu’on me dise oui, mais là, t’es offensante envers lui, mais non, c’est pas contre lui, c’est juste, et voilà, et j’ai rien contre Marius, j’ai, pas du tout, mais mais, c’est…
– Ah oui parce qu’en plus, il t’a mis un tas de fumier carrément en face de…
– Non mais voilà, je savais que c’était provisoire.
– J’espère qu’il l’a fait exprès.
– Ça me fait rire quand je le dis comme ça, en disant, en disant vue sur tas de merde, mais c’est, mais voilà, c’est la campagne, c’est comme ça, et je sais d’avance, en venant ici, et je m’en fous, enfin c’est…
– Oui, tu vas pas être la personne qui va demander à enlever tous les crapaux de la… Parce que ça t’empêche de dormir ou le coq, tuer le coq…
– Non ou voilà, enlever le coq.
– Parce que ça t’empêche de dormir quand même.
– Et même oui, le fumier ça pue, ouais, je sais, mais personne ne peut dire que c’est agréable d’avoir un tas de fumier devant sa fenêtre. Mais même quelqu’un qui vit ici depuis vingt générations. Le fumier, ça pue et ça fait chier quand c’est devant ta fenêtre. Mais c’est comme ça et t’accepte. Comme à Lyon, j’avais le tramway en bas de chez moi, à cinq heures du matin, ça me saoulait quand j’entendais le tramway. Ben c’est comme ça, j’habite en ville. Il faut juste accepter, et c’est pas parce qu’on fait une critique qu’on est un néo-rural casse-couilles quoi.
– En fait, tu fais des efforts Agathe parce que t’as appelé ton chat Ponzu Puduc, pour t’habituer à l’odeur de fumier.
– Voilà.
– C’est pas mal.
– C’est pas mal, c’est pas mal.
– On va passer au dernier jingle.
Musique jingle
– J’essaie de changer un peu de rythme.
– Petites questions sur la Haute-Loire, que tu connais…
– Ouais.
– Bien.
– Mmouais.
– Allez, on y va, c’est parti. Alors j’espère que je vais donner les bons noms. Je pense que tu les connais ceux-là. Les Collines Bleues, c’est une ferme vivrière, hein, c’est ça ?
– C’est à Roche en Régnier ouais. C’est trop marrant, ils étaient chez moi hier, enfin Marie était chez moi hier, donc c’est Marie et Flo. Je les ai rencontrés de manière un peu improbable sur Instagram, sur mon compte de maison. J’avais vu qu’ils n’étaient pas loin, qu’ils retapaient une maison, qu’ils avaient un projet de ferme et tout… Puis elle a mis une story en disant puais, on va se marier ou ch’ai pas quoi avec sa bague de fiançailles. Et je lui ai écrit au culot en disant Et j’ai envie de faire des photos de mariage en Haute-Loire pour montrer que je sais faire, enfin que j’en fais en Haute-Loire. Est-ce que vous êtes d’accord et du coup, je suis allée à leur mariage. Mais genre dix jours, avant leur mariage, je leur ai écrit et j’ai fait des photos et on est devenus potes. Ils sont trop chouettes et Marie est la personne qui a sûrement le plus d’énergie au monde. Ils ont des ânes, des poules, des canards, je crois qu’ils ont des oies- des chats, des chiens et des moutons et surtout, surtout leur activité, en plus de leur travail respectif, leur enfant, retaper une énorme maison de manière écologique, ils font des tisanes, des jus…
– Par contre, ils les distribuent dans certains magasins, je crois.
– C’est ça ouais, dans… Je sais que le magasin de producteurs de Vorey et peut-être bancale à Craponne, mais je suis pas sûre.
– Ouais puisque je n’ai pas vu de site ou quoi que ce soit ou qu’il fasse les marchés hein… Donc il me semble… Ok. Donc c’était les Collines Bleues ou Pimprenelle et Coquelicots, qui sont…
– Ahhh.
– Tu connais aussi certainement, meunier distillateur à Beaumont.
– Anne-lise qui fait partie de Petite Pandore, qui est très chouette aussi. Alors, je la connais moins que Marie parce qu’on habite géographiquement c’est plus loin, mais qui est très, très chouette, qui fait des eaux florales, que j’ai rencontré par Petite Pandore et par des amis communs du brivadois.
– Donc, là, c’est difficile de faire un choix entre les deux ?
-Ben ouais parce qu’on a assez de place pour tous ses amis dans la vie.
– Brioude ou le Puy-en-Velay ?
– J’ai envie dire Brioude, parce que j’ai des amis chéris là-bas, et le Puy, y a un truc qui bloque encore, un truc qui va pas encore au Puy. J’aime beaucoup, il y a plein de choses que j’aime, j’ai des repères de plus en plus. Mais par rapport à Brioude où ben j’y vais pas souvent non plus, surtout là, ça fait des plombes que j’y suis pas allée, mais y’a des chouettes copains.
– Ça te semble plus facile à….
– Ouais.
– L’abbaye de Pébrac ou l’Abbaye de Lavaudieu. Ce sont toutes les deux des églises romanes, je ne sait pas si tu les connais.
– Aucune des deux. Enfin, je suis allée à Lavaudieu, mais pas à l’Abbaye. Et Pébrac je connais pas non plus.
– Donc bon.
– J’ai visité pour la première fois, enfin, j’étais déjà allée plein de fois dans l’abbatiale à la Chaise-Dieu, mais je n’avais pas fait le parcours entier, grande fan absolu des animaux sur les tissages du Moyen- Age.
– C’est trop beau hein ?
– Non, mais ils sont incroyables. Les canards qui ont un bec énorme, ils sont incroyables. Les animaux enfin vraiment c’est ma nouvelle passion.
– Les canards avec un gros becs. Coulée de la Bourianne ou le lac bleu ?
– Ah ben Coulée de Bourianne, c’est à côté de chez moi, c’est vraiment, je peux y aller en vélo, même à pied de chez moi, il y a une rando et j’adore cet endroit. CA a un côté Islande. Puis, en plus, j’avais fait des photos d’une de mes meilleures amies là-bas, des portraits qui lui allait, ça lui allait trop bien parce qu’elle travaille beaucoup sur les volcans. Elle avait fait un livre sur les volcans, ça marchait bien.
– Expo à la chaise-dieu ou expo au Doyenné.
– C’est hyper dur à dire. Là, j’ai pas vu, c’est Dubuffet hein cette année ?
– Oui et c’est des expos quand même de qualité au Doyenné.
– Ouais, j’adore Dubuffet. Je ne sais pas jusqu’à quand c’est, quand est-ce que c’est.
– Alors moi, j’y vais toujours vers la fin. Ça va jusqu’à début octobre.
– Je vais dire un truc alternatif, les petites expos alternatives à la Chaise-Dieu, par exemple, au Blizzard, au bar associatif, voilà.
– Bon ben super. On prend. Alors les Ateliers de la Bruyère à Langeac ou les Ateliers Anitiens à Tauilhac ?
– Les Ateliers de la Bruyère, en fait, je connais pas. Je connais de nom les Ateliers Anitiens, mais j’ai jamais rencontré, et la Bruyère, j’ai fait un reportage photo pour un article dans Strada, très chouette magazine. Et ouais, les Ateliers de la Bruyère, ben le travail de la laine il est passionnant. C’est pas à Langeac c’est…
– A Saugues non ?
– Voilà et à Langeac, ils ont un atelier maraîchage et transformation, conserverie, et le projet est super, vraiment super.
– La guinguette de la Petite Baigneuse à la Chaise-Dieu ou la Falafette à Chamalières-sur-Loire ?
– La Petite Baigneuse, définitivement, toujours la Chaise-Dieu, mon coin préféré de Haute-Loire où j’ai découvert ce petit lac en hiver gelé où j’ai pu marcher dessus et en fait sous… Il a une couleur, l’eau a une couleur un peu jaune, ocre et en fait, j’avais l’impression de marcher sur l’or. C’était fou, donc, j’adore cet endroit. Puis je sais pas, on est… C’est dans son jus, c’est trop bon, c’est fait maison, c’est pareil. Pareil, faut réserver mille en avance mais trop chouette.
– Festival de Country ou la Trifola qui sera le vingt six octobre cette année pour sa vingt-quatrième édition ?
– Les deux. Craponne sur Arzon, ouais !
– Mais tu sais que la Trifola, c’est marrant, parce que quand j’allais travailler sur le chemin de, je partais à pied, je faisais beaucoup de à pied au début quand je suis arrivée là. Je croisais souvent un monsieur et le premier festival dont j’ai entendu parler, c’est la Trifola.
– C’est vrai ?
– Voilà, il me disait Vous allez à la fête de Craponne à la pomme de terre et tout. Je vous emmène si vous voulez. Donc, je n’y suis pas encore allée, donc va falloir que je corrige ça.
– Alors, vraiment, ce que je conseille, c’est le petit train touristique.
– Oui, on peut manger dedans c’est ça ?
– Oui le train de la patate, la patate expresse ou non, mais il s’appelle le Trifola express, génial ! On l’avait fait avec mon ancien amoureux, on y est allé, c’était trop bien. Le train est incroyable, il est dans son jus et puis surtout, mais big up aux agents municipaux de Craponne, qui installent une déco phénoménale de patate géante dans le centre-ville. J’adore.
– Alors, ce qui est bien de t’avoir aujourd’hui, c’est que le secteur de Craponne, la Chaise-Dieu, c’est un secteur qu’on connaît moins au Puy, en Haute-Loire et j’espère avoir d’autres invité.e.s comme toi qui vont nous faire découvrir des coins qui nous donnent envie d’y aller parce que là tu m’as donné envie, tout simplement, d’y retourner. Je connais un petit peu ce coin et j’aime beaucoup. J’aime beaucoup déjà du côté de Brioude. Je connais un petit peu moins la Chaise-Dieu. Et je voulais te demander, toi qui n’est pas originaire d’ici justement, à quel moment tu t’es sentie chez toi. Tu t’es dis ça y est, je sis chez moi ?
– Je me souviens de la… Donc, j’habite à Saint-André-de-Chalencon et il y a le hameau de Chalencon où il y ait eu ce fameux film Louise Violet qui a été tourné, qui est absolument magnifique et, en fait, je ne connaissais pas du tout, j’en avais jamais entendu parler. J’ai visité le terrain, j’ai acheté terrain, j’ai posé le permis, le permis a été accepté et seulement après, quand je suis allé visiter deux logements en location pour m’installer le temps du chantier dans le village, le logement que j’ai visité c’était le matin et il faisait trop beau, c’était en octobre. J’ai dit je vais visiter les alentours, peut-être Chalancon.., Il me dit ah, mais faut aller à Chalencon. Et j’y suis allée. Donc, on se gare, on ne peut pas descendre en voiture, on se gare et on descend à pied et on découvre Chalencon. On surplombe, et je me souviens avoir les larmes aux yeux.
– Ouais c’est beau.
– Et de me dire mais c’est, c’est mon village maintenant. Et d’être là mais pincez moi quoi, c’est pas possible. Et j’étais toute seule et j’étais assise là à manger mon… Je ne sais plus ce que je mangeais, j’en revenais pas que ce soit mon village et que j’allais habiter là et m’installer là, quoi. Et là, là, j’ai eu un sentiment fou, vraiment.
– Je vais te demander le mot de la fin. Un dicton, une expression.
– Je peux dire… Taxez les riches ?
– Ah, tu peux dire tout ce que tu veux.
– Taxez les riches. Mot de la fin. C’est mon mot de la fin du moment.
– Merci beaucoup Agathe, je te remercie d’avoir fait le chemin pour venir ici.
– Avec plaisir. J’en profite pour avancer sur mon projet secret d’expo avec le Crozatier.
– Voilà, merci beaucoup, à très bientôt. À bientôt.
– À bientôt !
– Ciao, ciao.
Temps d’écoute : 53’17 minutes
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Coups de coeur de notre invité
- commerçant :
Dans la Forêt
8 place de la Fontaine, 43160 La Chaise-Dieu
04 71 06 17 28
https://www.librairiedanslaforet.com/ - marché :
ferme Têtes de Linottes
Lieu-dit Rochette, 43500 CRAPONNE SUR ARZON
06 60 85 52 48GAEC Terre Ferme sur Arzon
Lieu-dit Eyravazet, 43800 VOREY
https://terre-ferme-sur-arzon.com/
https://www.facebook.com/terre.ferme.sur.arzon/les Biquettes de Sembadel
49 rue Saint Badel le Bourg, 43160 Sembadel
07 68 06 93 83
https://www.lesbiquettesdesembadel.fr/
https://www.facebook.com/lespampillesdesembadel/
https://www.instagram.com/lesbiquettesdesembadel/ - restaurants :
Auberge du Campos
246 rue des écoles, 43810 Saint-Pierre-du-Champ
04 71 05 49 91
https://www.laubergeducampos.com/
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Petite Pandore
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